Rencontre avec… Sébastien Barangé

Sébastien Barangé - Rencontre avec

L’énergie calme d’un jeune mécène qui n’a pas peur de changer le monde…

«L’esprit s’enrichit de ce qu’il reçoit, le cœur de ce qu’il donne. »

Victor Hugo

Ce qui m’a frappé lorsque j’ai revu Sébastien après quelques années (nous étions, à l’époque, tous les deux à Radio-Canada et je le croisais souvent), ce sont ses grands yeux marron d’une douceur angélique : de grands yeux doux et vifs, brillants et allumés avec des cils interminables ! Et aussi sa grande maîtrise de soi, son énergie tranquille. Autour de nous, nombreux sont les fonceurs, les empressés, les expéditifs, mais beaucoup plus rares sont ceux qui maîtrisent Énergie et Calme, et qui, eux, ont tout compris.  Sébastien est de ceux-là…

 

Cette fois, nous nous sommes revus dans le cadre de la préparation de l’édition 2015 du Festival Metropolis bleu et d’un nouveau volet sur lequel nous travaillons : Générosité et littérature. En fouillant dans mes papiers, j’avais retrouvé un communiqué qui portait sur le Prix Arts affaires où l’on citait Sébastien, cofondateur de l’initiative « Jeunes mécènes pour les Arts ». Je voulais le consulter pour la création de ce nouveau volet, car plusieurs personnes me parlaient de lui comme d’une référence incontournable. Cet homme du monde, d’une élégance redoutable, m’a proposé de déjeuner au resto de Holt Renfrew. C’était notre première rencontre. J’ai craqué… Et j’ai trouvé que sa feuille de route, si riche et si passionnante, méritait d’être partagée avec les abonnés de notre newsletter. D’une chose à l’autre, et parce que c’est un homme aux 1000 projets, Sébastien a également accepté de faire partie de notre comité-conseil. Ce dernier, qui assurera la direction artistique du volet Générosité et littérature 2015, vous réserve de belles surprises, des rencontres passionnantes et des échanges vivifiants sur un enjeu social majeur…

 

Je reviens rapidement sur les grandes lignes de cette feuille de route avant de céder la plume à celui qui est, rappelons-le, un expert des communications et un ancien journaliste …

 

De Poitiers à Montréal

 

Sébastien est un Français originaire de Poitiers. Né de parents enseignants (une mère littéraire et un père scientifique), Sébastien s’est intéressé très jeune à la littérature puis, aux sciences politiques, et depuis toujours aux arts. Très tôt attiré par le journalisme, il s’implique fortement dès 16 ans dans la radio et le journal étudiants. Lorsqu’il arrive à Montréal en 1998, c’est pour poursuivre ses études aux HEC dans le programme de gestion des organismes culturels. Il travaillera en rafale au Salon du livre de Montréal, pour I Musici de Montréal, puis à Radio-Canada où il sera journaliste à la recherche tout en signant des articles pour plusieurs magazines et des chroniques dans le cahier Livres du Devoir.

 

À l’époque, Michaëlle Jean est toujours en poste à Radio-Canada. Lorsqu’elle sera nommée gouverneure générale, elle ne pourra cependant pas se passer du talent de Sébastien auquel elle confie plusieurs dossiers à titre de conseiller spécial. Puis, en 2011, Sébastien amorce une nouvelle carrière qui le fait évoluer dans les grandes ligues du business mondial, mais toujours dans le domaine des communications. Il devient directeur communications et affaires publiques chez le géant de l’informatique CGI où il dirige une équipe de 25 professionnels et s’occupe, à toute heure du jour et de la nuit, des grands enjeux de communication de l’une des plus grandes fiertés québécoises dans le monde des affaires.

 

Trois questions à Sébastien Barangé…

 

  • Sébastien, tu es un mordu d’art d’où te vient cette passion ?

 

Sans m’en rendre compte, je crois que l’art a changé ma vie, et plus concrètement la scène avec la danse et le théâtre. Réservé, calme, un peu timide, rêveur, pas vraiment intéressé par les sports d’équipe, on qualifierait aujourd’hui ce portrait de « candidat idéal » à l’intimidation. Ce qu’on ne décrivait pas avec ces mots dans les années 80 signifiait pourtant la même violence et le même isolement. Avec le recul, je crois pouvoir dire que l’art m’a vraiment protégé de ce type de souffrance psychologique et parfois physique. Parce que j’avais le courage de monter sur scène pour danser ou jouer du Molière, j’imposais ainsi une forme de respect aux yeux des plus forts. C’était aussi le lieu de grandes amitiés, de rêves incroyables en pensant aux Jeanne Moreau, Gérard Philippe, Isabel Adjani de ce monde. Ces années m’ont offert une vraie force, un ancrage et une ouverture au monde. Cela m’a donné un esprit d’initiative, d’organisation et de la volonté. C’est de là que me vient l’énergie de toujours monter plein de projets. C’est de là aussi que me vient la conviction que l’art fait pleinement partie de l’éducation et contribue au mieux-être mental des individus et de la société dans son ensemble. La preuve est faite scientifiquement que les jeunes qui sont en contact avec les arts en milieu scolaire réussissent mieux et risquent moins de décrocher du système scolaire.

 

 

  • Parle-nous de « Jeunes mécènes pour les arts » et de l’importance de s’impliquer socialement dès le plus jeune âge…

 

C’est une initiative née de l’envie de s’unir pour réaliser un projet concret en faveur des artistes et de leur création. C’est un projet pour Montréal. J’avais envie de passer à l’action et de concrétiser le discours en faveur du mécénat que nous prônions avec mon groupe d’amis d’artsScène Montréal. Mon ami Maxime Codère et moi avons réuni des  jeunes du milieu des affaires, âgés de 40 ans et moins, qui travaillent chez KPMG, Korn Ferry, Enbridge, Davies, Fasken et d’autres entreprises. Nous sommes aujourd’hui une quarantaine.

 

Concrètement, chacun s’engage à faire un don individuel de 500 $ chaque année pour constituer ainsi des bourses de 5 000 $ remises à un artiste ou organisme culturel professionnel montréalais que nous évaluons avec la collaboration du Conseil des arts de Montréal, sur son innovation, son originalité, sa qualité artistique. Nous avons envisagé ce projet sur le modèle du capital de risque. Ce qui compte, c’est de donner la chance à un projet artistique de se réaliser et de rayonner.

 

Notre rêve : que des initiatives simples comme celle-ci se multiplient à Montréal !

 

  • Ta mère était une littéraire. Est-ce grâce à elle que l’amour des livres t’est venu aussi tôt dans ta vie ?

 

Bonne question. Mais la réponse à certainement quelque chose de très freudien. Un psychologue analyserait cela mieux que moi.

 

En fait, chez nous il y avait des livres, des journaux, des magazines partout, partout, partout. C’est d’ailleurs comme ça chez moi aujourd’hui encore. À l’époque je n’étais pas attiré par la lecture, ma mère me forçait à lire chaque jour, à faire des dictées, etc. Le seul livre qui m’intéressait vraiment c’était Le Petit Prince. Je l’ai lu des dizaines de fois et le lis encore parfois. Encore là, je crois que c’est le théâtre qui m’a naturellement amené à la lecture qui faisait partie de mon environnement. Antigone, Phèdre, le Malade imaginaire… C’est là aussi que s’est forgée ma réflexion politique. La force du pouvoir, la désobéissance civile, la justice, l’équité tout est dans Antigone !

 

La plus grande richesse dont on hérite de nos parents, ce n’est pas l’argent, mais bien l’éducation qu’ils nous offrent. C’est une vraie chance de naitre dans un milieu éduqué et qui a le souci de la lecture et de l’apprentissage. Tout le monde n’a pas cette chance. Presque la moitié des Québécois ont des difficultés de lecture. C’est terrible ! Si on veut développer notre économie, si on veut que les Québécois prennent pleinement part au débat démocratique, il faut très sérieusement soutenir l’alphabétisation. Il est plus qu’urgent d’agir et tout le monde y a intérêt, les individus, l’État, les entreprises.

 

Des livres qui ont marqué sa vie… 

 

Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry Le petit prince
Suite française, Irène Némirovski suite francaise
    Jules et Jim, Henri-Pierre Roché julies et jim
De la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville tocqueville
   Les fleurs du mal, Charles Baudelaire fleurs mal
Tout ce que j’aimais, Siri Hustvedt tout j'aimais
Dancer, Colum McCann dancer