Rencontre avec… Jean-Marc Chouinard

Rencontre avec Jean-Marc Chouinard

 

« Nous devons être le changement que nous souhaitons dans le monde » – Gandhi

C’est en lisant cette citation de Ghandi que m’est venue l’idée de produire, pour l’édition 2014 du Festival, une série de rencontres, de lectures, de discussions et de conférences sur la générosité. Toujours à l’affût de l’actualité, Metropolis bleu s’intéresse aux grandes questions de l’heure et aux livres qui s’y rapportent, essais ou romans.

 

Les organismes culturels et communautaires sont tributaires de la générosité d’autrui, que ce soit celle du gouvernement ou du secteur privé. Des individus qui achètent des billets de spectacle jusqu’aux fonctionnaires qui analysent des demandes de subvention, nous sommes vulnérables et notre survie passe en quelque sorte par les voies de la générosité, parfois complexes. Bien que cette noble vertu porte maintenant le nom de philanthropie et qu’elle soit érigée en science, avec ses indicateurs de rendement, elle demeure pour moi une vertu qui me fascine depuis des années. Toujours à la rencontre de mécènes et de donateurs, je me suis mise à m’interroger profondément sur les tenants et les aboutissants de l’acte de donner, à savoir les motivations profondes, ou superficielles, les raisons qui font qu’on devient généreux ou qu’on arrête de l’être, celles pour lesquelles on dit d’un auteur qu’il est généreux ou enfin sur le chemin emprunté pour que la tête arrive à parler au cœur ou vice-versa.

 

Ainsi m’est venue l’idée de préparer une série sur la générosité pour notre édition 2014. J’ai donc entrepris de rencontrer des gens qui œuvrent dans le domaine de la générosité. Des mécènes aux « gestionnaires de bonté » en passant par des bénévoles, je vous propose une série de portraits grâce à laquelle nous tenterons de mieux connaître les multiples facettes de la générosité, mais aussi la diversité des parcours de ceux qui changent le monde (ou qui en ont le pouvoir) et, bien entendu, de découvrir leurs passions littéraires.

 

 

Jean-Marc Chouinard – de l’escrime à la philanthropie…

 

Jean-Marc Chouinard pratique un métier dangereux, exigeant et fascinant : gestionnaire de bonté. De façon moins poétique, il est Vice-président Stratégie et partenariats à la Fondation Lucie et André Chagnon, qui est la fondation privée la plus importante au Canada. En ce 21 mars, premier jour du printemps, je l’ai rencontré au Second Cup (thé vert et camomille au menu). Tout au long de notre entrevue, j’ai tenté de trouver un mot, un seul, à la fois puissant et précis, tout comme il l’est lui-même à l’escrime, un mot pour le décrire… Devant l’étendue de son parcours et de ses intérêts, il m’est devenu de plus en plus difficile de le cerner clairement et même de le définir. Oui, j’ai la manie de vouloir trouver le mot juste pour cadrer les gens que je rencontre pour la première fois. Tout en prenant des notes à la vitesse d’un sprinter, j’ai vu défiler plusieurs mots qui auraient tous pu le décrire : volontaire, discipliné, perfectionniste, méthodique, analytique, intelligent, empathique puis finalement un mot s’est imposé : CENTRÉ.

 

Jean-Marc Chouinard, du haut de ses 6.2 pieds et avec ses presque 50 chandelles, m’est apparu comme l’une des rares personnes que je connaisse à être aussi centré, à afficher une réelle maîtrise que l’on sent sincère et à dégager une calme énergie. Je pense que cette maîtrise lui vient de toutes ses années d’entraînement. Athlète de haut niveau, Jean-Marc est un habitué des podiums et fut classé durant 10 ans parmi les 8 meilleurs escrimeurs du monde. Quatre jeux olympiques, sept victoires en Coupe du monde, 40 podiums ou médailles, champion panaméricain et du Commonwealth, vice-champion du monde junior, vice-champion universitaire par équipe…

 

Il parle avec un débit de coureur de fonds, vite, mais sans jamais s’essouffler alors que moi, j’arrive à peine à maintenir le rythme et mon stylo, notant, dans le chaos le plus complet, tout ce qui me frappe, m’interpelle ou pique ma curiosité. Déjà, il me laisse loin derrière dans une course que je ne gagnerai pas : percer son mystère, son calme olympien (si je peux me permettre) que j’aimerais tant afficher dans ma propre vie!

 

 

Comment en est-il venu à l’escrime ?

 

À 13 ans, il tombe sous le charme d’une des disciplines olympiques que je ne connaissais pas du tout : le pentathlon moderne (escrime, natation, tir au pistolet, équitation et course à pied). C’est le buzz de 1976, les Olympiques sont à Montréal et, rivé au petit écran, il se dit qu’il pourrait fort bien exceller dans toutes ces disciplines, sauf l’escrime qu’il n’a pas encore essayée.

 

Jeune homme déterminé et d’une discipline à tout casser, il deviendra le champion que l’on connaît et résiste à la tentation des offres faites par le vieux continent et poursuit sa carrière et son entraînement à Montréal, une ville qu’il aime profondément. Mais comme on ne peut pas gagner sa vie en escrime au Québec, Jean-Marc opte pour des études en sociologie suivies d’une maîtrise en urbanisme.

 

Je note, toujours haletante, la succession d’emplois, de mandats et de nominations, le tout en montée verticale tout en escamotant plusieurs étapes, pressée que je suis de voir le lien entre urbanisme, philanthropie et littérature…

 

Deux mots reviennent plusieurs fois au cours de cet entretient : service public. Il y croit, y a cru au point de choisir la sociologie et de faire son entrée comme fonctionnaire à la Ville de Montréal après avoir planché sur un imposant dossier de mise en valeur du Mont-Royal. Il me parle avec passion et engagement de cette montagne aux trois sommets et de l’importance de la participation citoyenne dans les décisions liées au développement urbain mais aussi social. Finalement, sa vie professionnelle commence à me sembler plus logique, plus linéaire. Le fil conducteur, c’est l’engagement social, celui des citoyens dans le destin de leur ville, celui des artisans du service public, celui de mécènes et des philanthropes pour les causes qui leur tiennent à cœur et celui de l’athlète qui ne baisse jamais les bras.

 

J’aurais pu aussi vous parler de ses 10 années en tant que haut dirigeant d’une importante boîte de consultation, expert-conseil pour des organismes du secteur privé, public, parapublics et communautaires, et comment la Fondation l’a recruté pour se doter d’une stratégie de dons et d’un plan d’action global. Mais je voulais me laisser un peu de temps pour les livres… pour ces livres qui changent le monde.

 

 

Parce que la boxe est un sport d’écrivain !

 

De l’escrime à la boxe : je vous jure qu’il n’y a qu’un pas! Le Figaro littéraire le pense et ce n’est pas Camus qui l’aurait contredit. La boxe est un sport d’écrivain, mais l’escrime serait-elle un sport de lecteur ? C’est là que j’apprends d’ailleurs que la boxe et l’escrime, tout comme les autres sports de combat, ont en fait  une chose en commun…

 

Ce sont des sports où celui qui manie l’art de la distance est maître de la situation. Ce sont aussi des sports qui font appel, pour l’escrime du moins, à une excellente capacité de lecture de l’autre, d’évaluation constante du prochain geste et d’analyse perpétuelle d’une multitude de variables et de facteurs environnants. C’est donc certainement à travers l’art de l’épée que Jean-Marc Chouinard a développé cette capacité de lire les autres et les situations. Mais qu’en est-il des livres? Réponse spontanée : Romain Gary!

 

 

La lecture pour lutter contre la pauvreté

 

Vous ne m’en voudrez pas de conclure cet entretien par une parenthèse afin de féliciter la Fondation Lucie et André Chagnon pour son initiative liée à la promotion de la lecture en bas âge. Vous avez certainement vu, depuis plus de deux ans, la très belle campagne télé « Naître et grandir », sous la direction de François Lagarde, vice-président communications.

 

Avec des moyens beaucoup plus modestes, Metropolis bleu déploie aussi des programmes liés à la promotion de la lecture car nous pensons nous aussi que la lecture, et plus largement la persévérance scolaire, sont les moyens les plus efficaces pour sortir les gens de la pauvreté et de l’exclusion. Nous ne pouvons que saluer toute initiative qui met un livre entre les mains des jeunes. Dans le même ordre d’idée, histoire de faire la lecture un peu partout au Québec, Metropolis bleu souligne son 15e anniversaire en proposant à tous les grand-parents et petits enfants une activité des plus sympathiques : UNE HISTOIRE AVEC MAMIE ET PAPI, activité intergénérationnelle qui propose aux familles de tout le Québec de se faire la lecture. Tous les détails à www.mamieetpapi.org.

 

Pour plus d’informations sur les initiatives de la Fondation Lucie et André Chagnon en faveur de la lecture: www.fondationchagnon.org.

 

Je vous laisse enfin découvrir les livres qui ont marqué la vie d’un homme tout aussi centré que charmant…

 

 

Livres fétiches :

 

Romain Gary, Les Racines du ciel Les Racines du ciel
Raymond Queneau, Exercices de style Exercices de style
Alberto Moravia, Desideria Desideria
Denis Grozdanovitch, L’art de prendre la balle au bond L'art de prendre la balle au bond