Rencontre avec… Colette Lens

bandeau colette lens

 

De l’architecture à la littérature

 

Flamboyante mais pas incendiaire, Colette Lens, rousse et très belle, m’attend sagement devant une tisane au Café Les Entretiens de la rue Laurier. Nom béni pour y tenir séance avec une femme de lettres !

 

Après avoir parlé de la vie et de nos attentes dans la vie, nous enchaînons sur cette entrevue qui m’amène forcément à lui poser l’inévitable question sur son parcours professionnel et ses origines. Belge d’origine, arrivée au Québec au début des années 90 par amour (du Québec mais avant tout d’un artiste vidéaste qui est son conjoint depuis ce temps), Colette a une formation d’architecte. Ce qui à première vue, ne la destinait pas au monde de la littérature. Mais moi, je pense que oui et j’y reviendrai…

 

Mais d’abord le savon !

 

Après l’architecture, nous enchaînons curieusement sur le savon. Pas le « roman savon » mais de cet indispensable produit qui permet à l’homme de se distinguer de la bête. Pourquoi le savon ? Je pense que c’est moi qui nous ai lancées sur ce sujet puisque je suis passée devant une boutique de produits nettoyants bio, qui a attiré mon attention sur le chemin du café. Colette me dit spontanément que le savon est certainement la chose prioritaire qu’il faudrait apprendre à faire en cas d’apocalypse sur terre ! Du savon nous passons au Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates – un livre qui l’a marquée, où justement, utilisant le prétexte d’un cercle littéraire, des résistants anglais de la dernière guerre venaient s’échanger des denrées de base, dont du savon, qui était troqué à prix fort. Comme quoi, tout mène aux livres…

 

Et les livres mènent à nous. Ils nous parlent et étrangement, me dit Colette, ils semblent savoir parler à chacun de nous individuellement. Un exemple suit : Les chaussures italiennes. Un livre qu’elle a lu, relu, partagé et discuté avec ses amies dévoreuses de livres comme elle. Et à chaque fois Henning Mankell s’est adressé à chacune comme si elle était unique. Chaque lectrice retenant un passage différent, une ligne surlignée juste pour elle. Une métaphore qui s’était tue jusqu’à présent, cachée dans un paragraphe discret, puis qui prend forme au moment où l’on est prêt à « entendre » le message de l’auteur. Le pouvoir des livres selon Colette Lens réside dans cette intarissable capacité à nous parler individuellement et à nous faire avancer à notre rythme.

 

Le pouvoir des livres, et plus largement des lectures, est aussi dans leur diversité infinie. Et là, il y a une anecdote savoureuse que Colette me raconte au sujet d’une de ses connaissances, Sophie Cazenave, qui est incidemment est une ancienne directrice des communications de Metropolis bleu et travaille maintenant à Radio-Canada à la zone d’écriture / CBC.Books. Sophie avait estomaqué un passager d’un vol international qui l’avait trouvée, bien assise à ses côtés, avec sur ses genoux la dernière édition de ELLE et une œuvre de Proust ! Le passager de s’en offusquer en lui demandant « Comment peut-on lire Proust et Elle Québec » ?

Je partage l’approche de Sophie et de Colette – il y a une indispensable et nécessaire richesse dans cette amplitude de goûts littéraires et nos personnalités riches et curieuses (je ramasse un p’tit compliment au passage !) ont besoin de ce large spectre. Pourquoi pas ? C’est un peu comme la base d’une alimentation réussie : de la diversité dans les couleurs, de la qualité mais surtout de la variété.

 

Et Entre les lignes ?

 

Nous y voici – notre architecte a vraisemblablement construit, sans s’en rendre compte, une grande et belle maison, faites d’articles intéressants, de rencontres touchantes avec des auteurs de partout, de sujets diversifiés. Curieuse et gourmande de livres, elle aura finalement utilisé ses méthodes de construction architecturales pour créer une matrice accueillante où le lecteur se sent chez lui. Nul besoin d’être un érudit pour aimer lire et cette approche humaine et démocratique qui caractérise définitivement Entre les lignes. Une revue curieuse, sympathique, branchée, sans être intimidante.

 

Deux mentors et une amie

 

Colette a tôt fait de me rappeler l’importance d’amies et de mentors derrière cette vocation tardive, qui l’a amenée à créer de toute pièce la revue. Elle a trouvé un boulot chez Guérin quelques années après son arrivée au Québec. Colette me raconte que finalement, la raison pour laquelle elle a été engagée à la librairie Guérin, aux dires mêmes de son gérant de l’époque, était qu’elle portait des chaussures plates et avait des ongles courts ! « Des Phd en littérature, je peux en engager facilement mais toi, je sais que tu pourras monter dans l’échelle avec des caisses de livres ! ». Bref… voilà Colette sur son échelle, sans ambition de la monter socialement. Femme de cœur et de projets, elle se lie avec une collègue qui devient une amie, Mireille Cyr. « Sans Mireille, je n’aurais jamais eu le courage de poursuivre mon rêve fou de fonder une revue littéraire ».

 

Quelques années plus tard, Colette perd son job chez Guérin, en raison de compressions budgétaires, et se lance dans le vide. Elle invite Marie-Claude Fortin, journaliste littéraire qui fait elle-même appel à Pascale Navarro. Avec ces deux expertes à bord, Colette amorce la grande aventure littéraire et apprend tout ce qui se doit de ces deux maîtres.

 

Pascale collabore encore à la revue et Marie-Claude, en plus d’y tenir régulièrement la plume, occupe maintenant des fonctions plus stratégiques à titre de rédactrice en chef adjointe.

 

De l’architecture à la littérature : un long détour qui l’a ramenée inévitablement à sa passion fondamentale. La lecture habite et nourrit Colette Lens qui sait mieux que quiconque lire entre les lignes…

 

Les livres marquants de Colette Lens

 

Tit’pom de René Jacquenet – elle s’est tellement, tellement identifiée au petit bonhomme de l’histoire ! Tit Pom
Le joueur de Dostoïevski – a initié une rage de lire au début de sa vingtaine. Le joueur
L’enchantement simple de Christian Bobin – Une illumination, une forme d’achèvement dans sa quête de lectrice L'enchantement simple
Cantique des plaines de Nancy Huston – un chef d’œuvre qui a confirmé son admiration pour cette auteure dont elle est une inconditionnelle. Cantique des plaines
L’Africain de Le Clézio – Une relecture de son histoire personnelle à travers cette quête du père…  L'Africain
Le pendu de Trempes de Andrée A. Michaud : première histoire d’amour littéraire avec une auteure québécoise. Le pendu de trempes