
L'ombre d’Adrien, Cathy (Ytak Syros, 2007)
Mordre le ciel, Gudule (Collection : Tribal, 2003)
Loin d'eux, Laurent Mauvignier (Éditions de Minuit, 1999)
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de Patrick Poivre d'Arvor
Le Livre de Poche (1997)
Résumé
En janvier 1995, Patrick Poivre d'Arvor bouleversait des millions de téléspectateurs en apparaissant à l'écran au lendemain du suicide de sa fille Solenn. Déjà, dans Lettres à l'absente, il nous avait livré avec une émouvante simplicité le dialogue d'un père et de sa fille anorexique. Ce livre lui valut un abondant courrier dans lequel des malades, ou leurs proches, lui disaient leur reconnaissance pour avoir témoigné de ce qu'ils vivaient. Avec la même sincérité et la même pudeur, il nous dit ici ce que fut - ce qu'est toujours - le deuil. Ces pages écrites au hasard d'un voyage en train, ou dans les rares moments d'inaction d'un homme qui voulut se jeter dans le travail pour éviter de souffrir, ont un inoubliable accent de vérité.
Extrait
La Baule-Paris, dimanche 19 février
Il est sept heures et demie. Toujours un TGV. Celui-là vient de quitter la ville natale de ta mère. Il se traîne. Peu après Nantes, le haut-parleur interne diffuse une explication administrative : « Un accident de personne vient de se produire sur la voie. » Un accident de personne? Qu'est-ce qu'il raconte ce haut-parleur? Pourquoi cette formule ampoulée, si impersonnelle s'agissant d'une « personne »? Qu'est-ce qui lui est arrivé à cette personne? La même chose qu'à toi, mon amour? Et qu'est-ce qu'ils ont raconté au métro Sablons? Se sont-ils énervés à l'intérieur des wagons? Se sont-ils aperçus qu'au moins, ils étaient vivants, et que ces vies-là, ils en avaient pour des jours entiers, des années entières, à en jouir, à en souffrir peut-être, mais à en profiter? Que ce petit retard que tu leur as occasionné n'est rien au regard de notre attente ce vendredi après-midi? Depuis, j'ai rencontré un ami immobilisé ce jour-là avec sa fille dans cette maudite rame.
Et pourquoi, après tout, cette leçon de morale? Je ne vaux pas mieux que les autres. Je peste à mon tour en ce moment parce que le train a fini par s'arrêter en rase campagne, à quelques centaines de mètre d'un village, La Possonnière, dont le nom ne me dit rien du tout.
Je râle parce que je vais être en retard, parce que je m'en veux de regarder comme les autres au-dehors, comme si de la nuit pouvait surgir la clé du mystère, une lumière bleutée d'ambulance, des uniformes de pompiers ou de gendarmes...
Et puis, soyons franc, j'enrage parce que, à mes côtés, deux jeunes filles pleines de vie pouffent à s'étrangler, en s'échangeant leurs histoires, en savourant ce moment de grâce supplémentaire, ces dernières heures de complicité avant de regagner Paris, leurs foyers respectifs, leurs parents sur le dos: « Et pourquoi donc arrives-tu si tard? » Je les aime, ces adolescentes qui m'agacent, parce que je les devine, leurs soirées, leurs angoisses, leur famille... Mais je leur en veux de vivre, parce que tu n'es plus là.
Avant, on m'avait raconté, et je l'avais souvent lu dans des romans, que certaines femmes stériles jetaient des regards noirs sur des landaus ou des ventres arrondis. On m'avait dit aussi que des femmes qui venaient de perdre un enfant ne pouvaient plus supporter les cris de ceux des autres. Mesdemoiselles de La Possonnière, je ne suis pas très fier d'avoir pensé tout cela de vous ce dimanche soir. Et d'avoir changé de compartiment pour ne plus entendre vos rires.
Consigne d’écriture I
Décrivez la rage qu’éprouve Patrick Poivre d’Arvor dans le TGV La Baule-Paris.
Pourquoi tant de points d’interrogation dans le texte?
200 à 500 mots.
Consigne d’écriture II
Solenn, 17 ans, a laissé une note à son père, Patrick Poivre d’Arvor, avant de se jeter sous une rame de métro : « Merci pour tout mais je n’aime pas la vie. Je veux être incinérée et gardée dans une petite boîte, mais pas jetée à la mer ». Imaginez une lettre que Patrick Poivre d’Arvor aura écrite à sa fille après son suicide.
300 à 600 mots.
Consigne d’écriture III
Paris, dimanche 19 février, 23h
Patrick Poivre d’Arvor, de retour à Paris, griffonne dans son journal intime. Des notes éparses
qui s’adressent aux parents d’enfants suicidaires. Des pensées, des conseils, un cri d’alarme.
250 à 500 mots.
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Christian Lehmann
L'École des loisirs (2000)

Résumé
Céline, adolescente vindicative, adolescente touchante et exaspérante jusqu'au bout des ongles, doit chaque année passer ses vacances dans le Sud, chez son oncle, sa tante et son cousin. Le Sud, c'est la corvée de Céline. Pourtant, cet été-là, Céline décide de son plein gré d'y descendre. Son cousin Julien s'est suicidé et la jeune fille n'a qu'une idée en tête: trouver le motif de son acte. Suspect numéro un: le jeu de rôles, pratique que les parents de la victime tiennent pour responsable de la mort de leur fils.
Extrait
- Non, sans rire, comment va ta mère ? reprit Bernard en redémarrant la Kangoo décorée du logo de son magasin de photographie.
- Écoute, elle va...
- Tu sais, nous n'avons plus aucune nouvelle... Avant... avant le décès de Julien, elle appelait au moins une fois par semaine, et là...
- Je crois qu'elle trouve ça très dur. Elle ne sait pas quoi vous dire...
- Tu sais, chérie, on n'est pas difficiles, on vit en province, elle peut nous parler de la pluie et du beau temps, ça nous suffira...
Céline prit une grande inspiration, puis :
- Ben en fait, c'est pas si facile. Moi-même, j'ai souvent voulu appeler et je ne savais pas quoi vous dire. Je trouvais que ça avait l'air futile, mes petites histoires, par rapport à ce qui était arrivé...
Bernard hocha la tête, sans rien répondre.
- Des gens meurent tous les jours. Je sais ça, évidemment, poursuivit Céline sans plus rien maîtriser de son discours.
C'était comme si une digue avait lâché, et la violence du flot la surprenait elle-même.
- Des gens meurent tous les jours, c'est comme si on était une armée de soldats, avançant sans rien voir le long d'une falaise. Et de temps en temps, une bombe explose, une mine éclate, au milieu de cette foule. Ça fait comme un trou, puis les blessés se relèvent, ceux qui sont à côté détournent la tête ou baissent les yeux. Et comme le flot avance toujours, pousse par-derrière, la colonne se remet en marche, en quelques instants le trou est recouvert, il ne reste plus rien de visible. Et peut-être que les survivants se disent simplement : tant mieux, ce n'était pas pour moi, pas cette fois-ci... Mais ça leur enlève forcément quelque chose, et ça rend très difficile même d'en parler... Alors voilà, ce n'est peut-être pas très clair, ce que je dis, mais je crois que vous appeler pour vous donner mes notes de bac, c'était infaisable...
- Je comprends ce que tu dis, Céline, mais tu oublies une chose. Pour nous aussi, la vie continue. Je me lève le matin pour aller bosser, je tombe en panne de batterie, j'ai des bouts de poulet coincés entre deux molaires qui m'agacent pendant des heures jusqu'à ce que je trouve un cure-dent.... Même après ça, notre vie continue, et elle n'est pas soudain illuminée, mise en valeur, que sais-je, par la présence de la mort... Ça, c'est des conneries bonnes pour les romanciers et les scénaristes de téléfilms...
(…)
- C'est ta mère qui a voulu que tu descendes nous voir, cette année? demanda Bernard après avoir négocié un des innombrables ronds-points sur la nationale.
- Non, elle n'était pas très pour. Elle pensait que c'était trop tôt, que ce serait difficile pour vous...
- Eh bien! au contraire, moi je trouve que c'est une excellent idée. D'ailleurs, le soir où ta tante m'a annoncé que tu l'avais appelée, que tu arrivais pour passer quelques semaines avec nous, je crois bien qu'elle a ri de bon cœur, comme ça, sans raison, pour la première fois depuis la mort de Julien. Tu sais, c'est beaucoup plus dur pour elle... Elle est seule à la maison, jour après jour, alors que moi je travaille, je vois des clients, j'ai la tête prise toute la journée, ça m'évite de penser. Elle, sa vie était basée sur les horaires de Julien, ses horaires de lycée, ses horaires sportifs... D'un seul coup, il n'y a plus rien...
- Bernard avait frémi, Céline l'avait senti au bord des larmes, et une émotion confuse l'avait saisir, l'envie de se serrer contre lui, de blottir sa tête au creux de l'épaule de son oncle.
- On a été cons, voilà tout. On a été aveugles, et cons, et c'est arrivé.
Consigne d’écriture I
Dressez une liste d’au moins six raisons possibles pour lesquelles la mère de Céline ne voulait pas que sa fille rende visite à sa tante et son oncle. Le silence est-il plus sauf?
300 à 500 mots.
Consigne d’écriture II
Pourquoi Bernard est-il si heureux que sa nièce Céline soit descendue les voir dans le Sud?
Quel est le plus dur pour les parents dont un enfant s’est suicidé?
300 à 600 mots.
Consigne d’écriture III
La société est-elle en partie responsable des suicides des adolescents aujourd’hui? Dans quelle mesure?
350 à 500 mots.
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de Claire Mazard
Syros (2000)

Résumé
Ugo trouve par hasard le cahier de son jeune frère David, mort deux ans auparavant dans un accident de moto, à l’âge de dix-sept ans.
Entre récit et extraits de journal intime, on entre dans l'intimité de ce frère mort pour découvrir un terrible secret: sa mort n'était pas un affreusement banal accident de la route. Claire Mazard montre avec délicatesse comment un jeune à la découverte de soi peut se murer dans l’apparence et l’incommunicabilité. Comment ce silence et ce mal-être peuvent parfois conduire au suicide. Elle aborde de façon très sensible le deuil, la découverte de la véritable personnalité d’un proche, l’acceptation de la différence d’un frère. Ugo apprend à relire les signes qu’il avait sous les yeux et qu’il n’a pas su ou voulu décrypter.
Extrait
« Avec cette p'tite gueule, mon David, sûr, tu vas les faire toutes craquer... » Ma phrase.
« Quand nous aurons des petits-enfants de David. » Phrase des parents.
Je monte dans ma voiture.
« Il craignait votre jugement, votre regard parce que justement vous ne le voyiez pas tel qu'il était... » « Tellement plus simple... Tellement banal. »
Malika a raison. Pourquoi ne t'es-tu pas confié à moi, David? Moi, ton frère qui t'aimait, qui t'aime?
Je regarde mon image dans le rétroviseur. Ai-je l'air si intolérant? Avais-tu vraiment peur de moi?
- Tu me fais peur, Ugo, on dirait un ogre!
- Je suis un ogre, David, et je vais te faire peur!
Un accident, un cahier rouge, Malika... pour m'ouvrir les yeux!
Mado doit savoir. Clément aussi. Pourquoi serai-je le seul à souffrir? À me tourmenter désormais? Leur hurler ma souffrance, mon impuissance. « Pourquoi vouliez-vous à tout pris qu'il étudie le droit ? Vous êtes passés à côté de lui sans vous apercevoir de rien! Sans le connaître vraiment. Contrairement à ce que vous imaginiez, il ne se serait jamais marié. Ou alors seulement pour ne pas vous déplaire. Les filles, ce n'était pas son truc!
Je hurle dans la voiture. Ma peine. Ma haine. Ma colère. Contre eux. Contre moi. Contre la société.
« C'est de votre faute! »
Je me tape la tête contre le volant. Les platanes au bord de la route. Je vais m'écraser.
« Vous n'avez rien vu! Je n'ai rien vu! »
Une voiture, en face, n'en finit plus de klaxonner. Ça me dessaoule de ma douleur. Je redresse le cap juste à temps.
« C'est de VOTRE faute! »
Je vois Mado, déjà détruite, Clément, diminué.
Je fais demi-tour.
Consigne d’écriture I
Ugo est bouleversé en apprenant, deux ans plus tard que son frère David s’est suicidé. Il décide d’écrire une lettre ouverte à son frère dans le journal de sa ville. Un véritable cri du cœur.
250 à 400 mots.
Consigne d’écriture II
Un groupe de parents du lycée de David forment une cellule de crise et rédigent un guide permettant d’évaluer des signes annonciateurs.
Dressez une liste de dix facteurs susceptibles d’accroître la probabilité de tendances suicidaires chez un adolescent. Par exemple: événement traumatisant s’étant produit récemment.
400 à 600 mots.
Consigne d’écriture III
Reconstituer une page du « cahier rouge » de David où il s’adresse à son frère et aux autres membres de sa famille et où il fait état de son mal-être, de ses peurs.
250 à 500 mots.
Jean-Marc Beausoleil nous explique comment, à une certaine époque de sa vie, l’écriture lui a permis de ne pas sombrer dans les idées noires.
Résumé du livre
« Nous étions quatre inséparables. Nous allions acheter de la réglisse et du chocolat au dépanneur, ensemble, quand nous étions petits. Sylvain est devenu père de famille. Il travaille aux communications, dans une banque. Il est cadre. Il conduit une fourgonnette. Il fait du golf et de la gymnastique. Il ne fume plus de pot et il fait semblant de connaître le vin. Pierre pratique le yoga dans un appartement du Plateau et gagne sa vie comme recherchiste. Moi, je suis le journaliste. J’écris pour un hebdo en papier glacé. Louis était poète. Il était le plus flamboyant de nous tous. Il s’est tué en se jetant en bas du pont Jacques-Cartier. Ce n’était pas un coup à nous faire. Si sa vie à lui ne valait rien, que faut-il penser des nôtres? »